Sternes de Loire : situation alarmante pour ces espèces emblématiques

Les sternes sont de retour sur le territoire. Tous les ans, le Maine-et-Loire accueille un grand nombre de ces oiseaux emblématiques qui viennent se reproduire sur nos grèves de Loire. S’ils s’exhibent volontiers en vol, ils sont très vulnérables au sol. Et l’année 2024 s’annonce particulièrement sensible ! La vigilance et les efforts de tous sont nécessaires pour assurer la survie de ces espèces protégées.

Des espèces remarquables largement menacées

Tous les ans, deux espèces emblématiques effectuent un long vol depuis l’Afrique pour se reproduire en Anjou : la Sterne naine et la Sterne pierregarin. D’avril à septembre, ces oiseaux s’installent en colonie et creusent leurs nids à même le sable des bancs de Loire. Les risques sont importants, en grande partie liés aux activités humaines. Ces oiseaux sont très farouches et abandonnent facilement leurs nichées si l’on s’en approche de trop près et trop fréquemment. De même, la divagation d’animaux domestiques, principalement les chiens, est un facteur majeur de perturbation. Tous les ans, des colonies entières disparaissent.

Et cette année, leur reproduction s’annonce particulièrement délicate. Les niveaux d’eau élevés du fleuve ont contraint les sternes à retarder leur installation. Depuis plusieurs jours, les premiers couples commencent à se fixer sur les quelques bancs de sable émergés, malheureusement proches des rives. Une situation préoccupante qui inquiète le Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine et la Ligue pour la Protection des Oiseaux Anjou.

« Avec la baisse prochaine du niveau d’eau, plusieurs grèves où nichent les sternes seront vite raccordées à la berge et accessibles aux piétons, augmentant les risques de dérangements et d’écrasements des œufs » alerte Lucie Blondel, chargée de mission Natura 2000 au Parc. C’est notamment le cas à Saumur (banc de sable des Ardilliers), à Gennes-Val de Loire (amont de l’Île de Gennes) et à Montsoreau (grève du pont). Des espaces naturels plébiscités des riverains et visiteurs, habitués à s’y promener, pique-niquer… « Si cette première ponte est un échec, les sternes n’auront alors pas de deuxième chance » conclut Lucie.

Sterne naine © Louis-Marie Préau

Après une année 2023 difficile où pour la première fois depuis plus de 20 ans, aucun couple de sternes n’a produit de jeunes à l’envol entre Montsoreau et Saumur, une bonne cohabitation des Hommes et de la nature est alors plus que nécessaire.

Des nuisances constatées malgré les actions de protection

Premier département d’accueil pour les populations ligériennes de sternes, le Maine-et-Loire a une responsabilité très forte pour la survie de ces espèces menacées. Depuis 2013, la Préfecture a mis en place deux « Aires de Protection de Biotope » (APB). Ces mesures réglementaires s’appliquent du 1er avril au 15 août à tous les bancs de sable non accessibles à pied sec, de Saumur à Montsoreau et de La Daguenière au Thoureil. L’accès y est donc interdit tout comme l’accostage, le stationnement, la divagation d’animaux domestiques, le bivouac, le camping et les feux.

Des panneaux rappelant les interdictions sont visibles toute l’année sur les cales de Loire. D’autres, plus spécifiques seront prochainement installés sur les grèves concernées, par les salariés et bénévoles de la LPO Anjou. La réglementation s’applique même en l’absence de signalisation. Des agents de la police de l’environnement patrouillent dans ces secteurs et sont habilités à verbaliser les contrevenants.

Les sternes, comme d’autres oiseaux de Loire, sont protégées par la loi. Même en dehors de ces zones réglementaires, toute destruction, dérangements volontaires ou dégradation de leur habitat sont passibles de sanctions pénales.